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Interview : comment renouer avec ses origines ?

Il y a plusieurs cas de figure pour les personnes souhaitant renouer avec leurs origines. Certaines personnes sont nées en France, de parents immigrés, mais ont été élevés à l’Occidentale. D’autres ont été élevés en suivant les traditions de leurs ancêtres, mais s’en sont un jour éloigné. Il y a aussi ceux qui ne connaissent leurs origines que par leurs traits physiques, car ils ont été adoptés.

Ces différents cas de figure concernent Moniroath, Mey et Thalia, qui ont tout fait pour renouer avec leurs origines : le Cambodge. Nous les remercions aujourd’hui de s’être prêté au jeu de l’interview, tout spécialement pour Evaan Market.

Bonjour les filles, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Moni : « Je m’appelle Moniroath, mais on m’appelle Moni. Je suis Française d’origine Khmère, et je suis actuellement chargée de missions à Paris.

Mey : « Mon prénom Français est Maelle, mon prénom cambodgien est Reaksmey. J’ai 23 ans, je suis d’origine cambodgienne, mais je suis arrivée en France à l’âge de 3 ans et adoptée par une famille Française. J’ai grandi en Ardèche, à la campagne, bien loin du Cambodge ! Mais nos parents adoptifs ne nous ont jamais caché nos origines, nous ont tout dis à propos de notre adoption, et continuent de garder un lien avec notre pays natal en faisant régulièrement des dons pour une ONG (Phare Ponleu Selpak), basée à Battambang. »

Thalia : « Je m'appelle Thalia Apsor Provost. J'ai 23 ans, je suis cambodgienne d'origine, adoptée à l’âge de 3 ans par une famille française. Je suis la sœur jumelle de Mey. »

Récemment, vous avez participé à un shooting photos sur le thème « renouer ». Pourquoi vouloir « renouer » avec vos origines cambodgiennes et, surtout, de quelle manière vous y prenez-vous ?

Moni : « J’ai été contactée par les jumelles Mey et Thalia il y a environ un an et demi pour participer à ce shooting photos. Etant modèle comme elles, ça me faisait particulièrement plaisir, d’autant plus que cela touchait au Cambodge. À l’époque de ce shooting, pour la petite histoire, il faut savoir que ma grand-mère était malade. Elle venait tout juste d’entrer à l’hôpital et c’était une période particulièrement difficile à vivre pour moi. Ma grand-mère est la personne avec qui j’ai grandi, celle qui m’a fait connaître ma culture, mes traditions, mes origines.

Participer au shooting photos « renouer », c’était bien plus que faire des photos. J’étais assez seule à ce moment de ma vie, c’était donc pour moi l’occasion de réellement me rapprocher de mes racines, en portant des bijoux traditionnelles pour les photos. D’autant plus qu’il y a très longtemps de ça, mes parents organisaient des mariages khmers ! Donc ça me touchait particulièrement de pouvoir porter tous ces bijoux traditionnels.

Le fait que ma grand-mère soit partie à l'hôpital, cela m'a permis, je pense, de jouer un grand rôle dans ma volonté de renouer avec mes origines. Personnellement, c’est le voyage qui a favorisé cela.

En 2017, je suis allée au Cambodge pour la première fois. Il faut savoir que durant ma jeunesse, ce voyage ne me disait absolument rien. Je pense que je savais que j’aurais du mal avec le climat, mais aussi le mode de vie. Pourtant, à l’instant où notre avion a atterri à Phnom Penh, je me suis sentie étrange, et tout était comme une évidence.

J’ai rencontré ma famille que je ne connaissais qu’à travers des photos et des vidéos. J’ai rencontré le peuple cambodgien, chaleureux, souriant, ouvert, gentil et bienveillant. On dit que le Cambodge est le royaume du sourire. Ce n’est pas un mythe. Ce voyage m’a fait beaucoup de bien, ces sourires m’ont fait beaucoup de bien. C’était magnifique, ça réchauffe le cœur et efface toutes les peines.

Mey : « Depuis petite, nos parents nous emmenaient voir des spectacles de danse traditionnelle khmer. Costume, musique, cirque : tout nous rappelait le Cambodge. Si aujourd’hui je souhaite renouer avec mes origines, elles ont toujours fait partie de moi. En grandissant, je me rends compte que j’ai eu la chance de grandir dans un pays qui m’a offert une bonne éducation, et m’a permis de toujours faire ce que je voulais : être dans l’art. Mes parents m’ont d’ailleurs toujours poussé à faire ce que je voulais. Je sais que j’ai eu de la chance d’être adoptée, et je sais que beaucoup n’ont pas eu cette chance-là. Alors pour ces enfants qui sont au Cambodge et qui n’ont pas la même éducation, ni les mêmes chances, j’aimerai pouvoir leur donner.

 

En arrivant à Paris, c’est devenu beaucoup plus simple de renouer avec la culture. Ici, il y a une grosse communauté cambodgienne contrairement à dans l’Ardèche. Avec ma sœur, on a très vite été curieuses, on s’est inscrites à des cours de danse traditionnelle mais aussi à des cours de langue. C’était très important pour nous de le faire car on voulait vraiment pouvoir s’intégrer en profondeur, pour encore plus aider ceux dans le besoin.

Aujourd’hui, on baigne dans la culture cambodgienne. On mange khmer, on parle khmer, on garde les traditions, on s’ancre dans la culture et bien sûr, on la chérit.

À termes, notre projet final avec ma sœur serait d’ouvrir une ONG autour de la danse cambodgienne. Si l’ONG Phare Ponleu Selpak arrive à faire sortir les enfants des rues par le biais du cirque et du spectacle, ma sœur et moi souhaitons les faire sortir des rues au travers de la danse.

Thalia : « Depuis notre enfance, nos parents nous ont toujours dit d'où nous venions, ma sœur et moi. Ils ne nous ont jamais caché aucune information sur notre adoption. Loin de la ville, dans notre petite campagne, nous avions gardé de notre culture cambodgienne que des images, des souvenirs racontés, mais rien de vraiment concret. Et en toute franchise, rien ne nous y attachait car nous étions les seules asiatiques. Donc personne avec qui parler et échanger.

C’est en arrivant au lycée que je me suis intéressé à l'histoire du Cambodge. Puis à travers ma pratique artistique qui est la danse, j'ai voulu trouver mon identité et ça m’a rapproché de mes origines. Qu'est-ce qui faisait ma richesse artistiquement parlant ? Qu'est-ce qui me différenciait de mes camarades dans ma manière de me mouvoir ?

La réponse était dans ma double culture. C'est là où je me suis dit « elle est là, ta force ! ». C’est une chance d'avoir deux cultures ! Alors, pourquoi ne pas la développer et l'approfondir, pour être encore plus enrichie humainement, mais également artistiquement.

Par la suite, toutes mes créations d’arts et chorégraphies tournaient autour de cette question d'identité. Sur comment réussir à promouvoir l'histoire du Cambodge à travers des médias et notre éducation française ? Comment garder l'authenticité mais aussi la modernité ? Comment remettre au goût du jour les traditions, la culture ? Afin que les jeunes d'aujourd'hui puissent aussi s’identifier et faire perdurer à leur tour les traditions ? C’est à toutes ces questions que j’essaie de répondre, et c’est à travers elles, que je renoue avec mes origines. »

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui comme vous trois, souhaiterais renouer avec sa propre culture ?

Mey : « Restez ouvert ! Allez voir les gens, posez-leur des questions. Il faut se documenter, effectuer des recherches, regarder des reportages, poser des questions, ne pas hésiter, se plonger dans la culture sans honte et sans a priori. Apprendre la langue aussi est très important, pour être au plus proche des gens qui partagent votre culture. »

Thalia : « La solution est dans la curiosité ! Il faut être curieux de notre culture, faire des rencontres, échanger, pratiquer (dans mon cas, à travers la danse classique khmère), et pourquoi pas renouer avec sa culture à travers une activité que vous pratiquez déjà (musique, danse…) ou une passion (littérature, etc). Là, directement vous serez plus imprégné ! »

 

Aujourd’hui, vous n’avez pas d’enfants. Mais si vous souhaitez fonder votre famille un jour, que feriez-vous pour continuer à transmettre votre culture ?

Moni : « Personnellement, je pense qu’il ne faut pas forcer son enfant à se plonger spontanément dans sa culture. Lui parler khmer, faire à manger khmer, lui parler du pays, oui, mais toujours avec bienveillance et sans le forcer. Je pense que mes enfants doivent ressentir l’envie d’en savoir plus, d’être curieux, sans que ce soit une contrainte. Car quand on brusque trop, ça crée l’effet inverse ! J’ai connu dans mon entourage des personnes qui se sont totalement éloignées de leur culture tellement ça leur était imposé. Du coup je pense que l’envie doit venir d’eux. »

Mey : « J’aimerai beaucoup que mes futurs enfants partagent ma culture. Comme mes parents l’ont fait avec moi, il n’y aura pas de secret, pas de tabou. Je leur ferai découvrir mes origines à travers la langue, les voyages. Si j’ai une fille, et si elle le désire, je lui apprendrai la danse traditionnelle khmère, je l’inscrirai à des cours. Je pense que je ferai perdurer la culture coûte que coûte. »

Thalia : « Personnellement, je n’imposerai rien à mes enfants. Par contre, je leur ferai découvrir la culture, la langue, les arts du pays. Je continuerai à faire des voyages entre la France et le Cambodge, mais je laisserai le choix à mes enfants de la culture dans laquelle ils se reconnaîtront le mieux. Le plus important c’est qu’ils choisissent là où ils se sentent bien. »

 

Merci à vous trois pour votre participation ! Vos mots toucheront sans aucun doute de nombreuses personnes, du Cambodge mais aussi d’ailleurs, qui souhaitent peut-être elles aussi renouer avec leurs origines.